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Le Nouveau Monde de l’intimité numérique Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Guadeloupe   
Le journaliste Clive Thompson, pour le New York Times, revient sur le Nouveau Monde de l'intimité numérique et détaille comment le News Feed de Facebook a transformé notre rapport aux sites sociaux, faisant d'un coup apparaître à tous, ce qu'il s'y cachait, révélant l'activité en ligne de chacun (voir ce que nous en disions à sa sortie). C'est ce que…

Le news feed de FacebookLe journaliste Clive Thompson, pour le New York Times, revient sur le Nouveau Monde de l’intimité numérique et détaille comment le News Feed de Facebook a transformé notre rapport aux sites sociaux, faisant d’un coup apparaître à tous, ce qu’il s’y cachait, révélant l’activité en ligne de chacun (voir ce que nous en disions à sa sortie). C’est ce que les chercheurs appellent la “sensibilisation ambiante”, c’est-à-dire ce contact en ligne incessant qui permet d’avoir toujours un oeil sur l’humeur d’un ami en surveillant la moindre de ses actions en ligne, du coin de l’oeil. Le paradoxe de cette intimité ambiante est que “chaque petite mise à jour - chaque bit d’information individuel - est insignifiante en soit. Mais pris ensemble, au fil du temps, les petits extraits s’unissent dans un portrait étonnamment sophistiqué de la vie de vos amis et des membres de votre famille, comme des milliers de points dessinent une peinture pointilliste.”

Facebook et Twitter ont poussé les choses jusqu’à l’excès, mais l’idée d’utiliser nos outils de communication pour développer des formes de coprésence n’est pas nouvelle, explique-t-il. La sociologue japonaise Mizuko Ito a montré que les amants qui vivent dans des villes différentes utilisent leurs téléphones mobiles pour s’envoyer des petits messages pour dire ce qu’ils font. Ils font cela à la fois parce que parler des heures au téléphone n’est pas très confortable (ou abordable), mais aussi parce qu’ils ont découverts que ces messages ping-pong étaient mêmes plus intimes que des appels téléphoniques.

Finalement, constate Clive Thompson en analysant son propre usage de ces outils, il se rend compte qu’il connait plus de détails sur la vie des ses amis sur Twitter que sur celle de ses soeurs qui vivent au Canada et avec lesquelles il échange comparativement assez peu. Ce qui l’amène à se poser une étrange question : de quelle sorte de relation sont faites ces nouvelles amitiés ? Et de constater, à la suite de Dunbar, l’explosion de ses relations faibles, de la liste des gens qu’il connaissait le moins. Pour la chercheuse danah boyd, ces outils de sensibilisation ambiante créent une nouvelle classe de relation, qui sont proches des relations “parasociales“, c’est-à-dire de gens en périphérie de votre réseau dont on suit de près les détails intimes en ligne, même si, comme Angelina Jolie, n’ont pas nécessairement connaissance de notre existence. Les relations parasociales sont en tout point similaires à une véritable relation sociale, à ceci prêt qu’elle sont souvent à sens unique. “L’information à laquelle nous nous abonnons via un flux, n’est pas la même que celle que nous échangeons dans une relation sociale profonde”, explique danah boyd, qui a elle-même beaucoup d’admirateurs qui la suivent via ces nouveaux outils. Ces systèmes ne sont pas sans dangers explique encore Clive Thompson en commentant les couples qui se déchirent sur Facebook, qui publiant de vieilles photos, qui discutant avec sa nouvelle relation sur la page d’une ex ; où tous ceux contraints de maintenir leurs profils contre leur gré parce que 90 % de leurs pairs s’y trouvent ou l’utilisent et qu’en disparaître peut aussi signifier ne plus exister socialement.

Sur internet personne ne sait qu'on est un chien, le célèbre dessin de Peter Steiner“Sur l’internet aujourd’hui, tout le monde sait que vous êtes en chien. Si vous ne voulez pas que les gens sachent que vous êtes un chien, il faut vous tenir loin d’un clavier”, conclut Zeynep Tufekci, sociologue à l’université du Maryland, en faisant référence au célèbre dessin de Peter Steiner pour le New Yorker, datant déjà de 1993. Les plus jeunes développent déjà de nouvelles attitudes vis-à-vis de leur vie privée, à la fois vigilante et libérale. Ils soignent leur identité en ligne attentivement, sachant que tout le monde la regarde, mais ils ont également appris à ignorer et à accepter les limites de ce qu’ils peuvent contrôler. Pour la consultante Laura Fitton, la mise à jour constante de son statut l’a transformé, parce que le processus de décrire par exemple un horrible début de matinée au travail, vous force à le regarder objectivement. “Dans un âge de prise de conscience, peut-être que la personne que vous voyez le plus clairement est vous-même”, conclut Clive Thompson.

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Posted originally: 2008-09-15 15:23:49
 
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