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Que manque-t-il au plan Besson ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Guadeloupe   
Le "Plan de développement de l’économie numérique" présenté le 20 octobre par Eric Besson se fixe pour objectif de "replacer la France parmi les grandes nations numériques à horizon 2012". Il est le fruit d'un important travail engagé en mai 2008, les "assises du numérique". On peut saluer l'ambition, la volonté d'associer beaucoup d'acteurs et de sources de contribution, l'engagement…

Le “Plan de développement de l’économie numérique” présenté le 20 octobre par Eric Besson se fixe pour objectif de “replacer la France parmi les grandes nations numériques à horizon 2012“. Il est le fruit d’un important travail engagé en mai 2008, les “assises du numérique“. On peut saluer l’ambition, la volonté d’associer beaucoup d’acteurs et de sources de contribution, l’engagement du ministre et de ses équipes.

A l’arrivée, le Plan contient des propositions intéressantes, et pourtant il peine à convaincre. Parce qu’il ne fixe pas de réelles priorités. Parce qu’on a souvent le sentiment d’avoir déjà lu la même chose il y a 10 ans, puis il y a 5 ans. Et parce qu’on n’y trouve à peu près rien de ce qui fait aujourd’hui bouger l’internet et les pratiques numériques.

C’est du moins mon sentiment personnel. Mais puisque le processus de préparation du Plan fut collectif, il serait sans doute plus intéressant que les réflexions autour du Plan le soient aussi.

Cet article prendra ainsi une forme un peu particulière. Il appelle à la discussion sur le Plan de développement de l’économie numérique, autour de quatre thèmes : son champ (trop, pas assez large ?) ; ce qu’il comprend de neuf et d’intéressant ; les propositions qui posent problème ; ce qu’il y manque. Mais il le fait autour d’un texte personnel, d’un édito, qui exprime mon opinion au terme d’une lecture attentive. Nous ne pouvons pas, en effet, profiter du fait d’interroger nos lecteurs pour nous défiler nous-mêmes : aussi vos réactions porteront-elles vraisemblablement, autant sur le Plan, que sur le commentaire que j’en fais, et c’est très bien comme ça !

Trop d’actions tuent-elles l’action ?

154 actions ! Sur un rapport de quelques 80 pages, c’est beaucoup. Certaines de ces actions sont neuves et intéressantes, d’autres sont déjà en cours, d’autres carrément anecdotiques, et un certain nombre apparaissent enfin comme de simples objectifs sans précision quant à leur mise en oeuvre…

L’Etat n’est plus en mesure de poursuivre autant de priorités. Nous sommes assez grands pour le comprendre. Mais on aimerait alors savoir quelles seront les vraies priorités, où iront les vrais choix politiques. Ou a minima, distinguer ce à quoi l’Etat s’engage, ce qu’il met en discussion, ce qu’il appelle simplement de ses voeux, voire ce sur quoi il s’interroge.

Et vous, qu’en pensez-vous ? Le Plan a-t-il raison de couvrir autant de sujets ?

Des propositions réellement nouvelles

On trouve dans le plan des propositions neuves. Le “droit opposable au haut débit” en fait partie, même si l’on attend de savoir comment il sera mis en oeuvre : l’Etat financera-t-il, ou désignera-t-il un opérateur qui disposera d’un monopole ? L’utilisation du “dividende numérique”, ces fréquences rendues disponibles par la numérisation de la télévision (et par extension, la mise à disposition progressive d’autres fréquences naguère utilisée à des fins de défense), est décrite de manière claire et ambitieuse. Plusieurs propositions, pas toujours très précises, mais pertinentes, visent à développer la concurrence dans les télécommunications mobiles, par exemple en élargissant l’espace économique des opérateurs “virtuels” ou encore, en restreignant les offres couplant des contenus exclusifs et des offres d’accès. En revanche, les propositions pour le “très haut débit” apparaissent assez peu volontaristes.

On note par ailleurs la volonté de soutenir le secteur du jeu, celui du logiciel (mais les propositions en la matière sont plutôt faibles), les services sans contact et la simulation. On ne s’en plaindra pas, ces sujets sont importants, mais pourquoi ces secteurs-là et pas d’autres ?

Et vous, qu’avez-vous trouvé de vraiment neuf dans le Plan ? Qu’en retenez-vous de fort ?

Un angle trop exclusivement économique sur les questions numériques

Ce plan pour l’économie numérique couvre un très grand nombre de sujets, dont beaucoup sont pourtant difficiles à traiter sous une focale exclusivement économique. Cette focale peut conduire à confondre des objectifs - légitimes - de développement de la demande de services numériques, avec d’autres objectifs - également légitimes - en matière de réduction de la fracture sociale, ou d’éducation, ou de santé. Ainsi, les propositions sur l’école sont-elles presque exclusivement centrées sur l’équipement, sans au fond parler d’éducation (les propositions concernant l’université paraissent en revanche plus convaincantes). Le dossier médical personnel revient à la surface, sans faire mention des multiples objections qu’il suscite. Les contenus numériques sont presque exclusivement envisagés sous l’angle de leur protection, même si l’on note une focalisation sur le marquage des contenus plutôt que sur les protections “bloquantes”. Et la carte d’identité biométrique devient un dispositif de “confiance”, plutôt que de contrôle…

C’est balayer sous le tapis bien des débats, bien des doutes. Le potentiel économique de certaines techniques n’autorise pas tout. La focalisation sur le déploiement des techniques et leur taux de pénétration peut même s’avérer contre-productive, voire dangereuse. Les paragraphes sur la protection des données personnelles le laissent d’ailleurs entendre, même si l’on y cherche en vain l’annonce de moyens d’action supplémentaires pour la Cnil, ou d’une volonté de lui permettre de superviser d’un peu plus près l’action des pouvoirs publics - on repense à Edvige.

Et vous, quelles actions et propositions du Plan considérez-vous comme problématiques, voire négatives ?

L’absence des grandes dynamiques numériques d’aujourd’hui

Mais ce sont surtout les absences qui frappent. L’irruption de “utilisacteurs”, des contenus émis par les utilisateurs, des sites sociaux ? Invisible. Les dynamiques du “libre”, de l’intelligence collective ? L’innovation ouverte, si caractéristique de ce qu’il se passe d’intéressant dans le périmètre du “web 2.0″ ? Rien de rien.

Il y a d’ailleurs assez peu de choses dans le plan au sujet de l’innovation. Celles que l’on y trouve se focalisent sur le financement et l’accès au marché - et l’on espère que les propositions concernant le développement des PME innovantes, notamment au travers des politiques d’achat des grands groupes et des administrations, seront rapidement mises en oeuvre. Mais pour stimuler l’innovation, il faudra bien plus que de l’argent : un état d’esprit, un réseau, un bouillon de culture, des informations et des espaces partagés, des plates-formes, des bêta-testeurs… et sur ces points, on ne trouve rien.

Pas grand-chose non plus sur l’”internet des objets”, alors même que le secrétaire d’Etat vient d’intervenir lors de la conférence du même nom. On a l’impression que celui-ci se réduit aux puces RFID, à leur contrôle et leur régulation : des sujets importants, mais qui ne prennent sens - surtout quand on parle d’économie ! - que si l’on s’intéresse aussi à l’univers des possibles qui s’ouvre autour de l’informatique et des réseaux “ubiquitaires”. Le rôle que des réseaux de capteurs, de partage d’information, de coopération, pourraient par exemple jouer dans le domaine environnemental - et dont nous regrettions l’absence dans le Grenelle de l’environnement - n’est abordé qu’en passant, par l’intermédiaire de la création d’un trophée.

Et selon vous, que manque-t-il au Plan ?

Pour une seconde étape

Au fond, le principal reproche qu’on peut faire à ce plan, c’est de ne pas être suffisamment tourné vers l’avenir. Il propose plusieurs actions utiles ; il annonce pas mal d’intentions sans moyens d’action, mais c’est presque la loi du genre ; il ne contient pas de nouveautés réellement néfastes ; mais la vision qui en sourd paraît déjà datée : c’est celle d’une France “en retard”, dont la population (individus et patrons de PME) doit être sensibilisée, formée et rassurée et dans laquelle toutes les actions devraient converger vers une croissance quantitative de l’équipement et d’usages assez normés, de consommateurs. Dans une France équipée aux deux tiers de l’internet à haut débit et presque à 100% de téléphones mobiles, où les pratiques numériques se diversifient à grande vitesse, où le numérique est sorti du PC pour s’insérer dans les espaces, les objets et les corps, cette approche ne peut plus suffire à guider l’action.

Envisageons alors ce plan comme une première étape, qui solderait le passé et consoliderait le présent. Et engageons le travail sur la phase suivante, le plan pour l’avenir.

N’hésitez pas à esquisser ce plan pour l’avenir !!

Daniel Kaplan

politiques publiques

Posted originally: 2008-10-30 12:07:29
 
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